Présentation du labo

La programmation de recherche du LEDSEA comprend deux axes.

Le premier axe vise à mieux comprendre les processus individuels, interpersonnels (famille, réseaux d’amis, relations amoureuses) et contextuels (école, loisirs organisés) pouvant contribuer au développement de l’inadaptation (e.g. problèmes intériorisés et extériorisés) et au développement positif (e.g. civique, social, scolaire) à l’enfance et à l’adolescence. Le deuxième axe porte sur la conception et l’expérimentation d’outils d’intervention visant à prévenir l’inadaptation et à promouvoir le développement positif. Les méthodologies utilisées incluent la poursuite d’études longitudinales et l’évaluation d’interventions à l’aide de devis expérimentaux.

 

Trois études longitudinales subventionnées sont présentement en cours. La première étude, baptisée Projet Transition, vise à examiner différents aspects du développement social et affectif à l’adolescence. La deuxième, nommée Projet Adolescence, porte sur un examen interculturel des facteurs associés à la consommation de psychotropes à l’adolescence. Il s’agit d’une étude longitudinale sur trois ans menée simultanément auprès d’adolescents montréalais, italiens et américains. La troisième, appelée Projet Fluppy, porte sur l’évaluation d’impact d’un programme de prévention multimodale mis en place auprès d’élèves de maternelle qui présentent un niveau élevé de comportements perturbateurs. L’impact de ces interventions est évalué annuellement jusqu’à l’adolescence. Ces projets sont décrits en détail plus bas sur cette page.

 

Projet Transition: Une étude longitudinale sur 15 ans

 

Cette étude longitudinale a été amorcée en 2001 auprès de 390 élèves de sixième année provenant d'une douzaine d'écoles de la commission scolaire de Laval. La problématique de recherche à l'origine de ce projet portait sur l'examen des difficultés rencontrées par certains élèves lors du passage de l'école primaire à l'école secondaire (subventions FCAR et FRSQ). D'autres subventions octroyées par le CRSH et le FQRSC au cours des années suivantes, notamment sur la thématique des activités parascolaires, nous ont permis de poursuivre les évaluations annuelles jusqu'en 2012. Treize évaluations annuelles ont été complétées jusqu'à maintenant et 80% de l'échantillon initial ont pris part à la plus récente. Le dernier financement accordé par le CRSH assurera la poursuite de l’étude pour les trois prochaines années. Différentes méthodes d'évaluation ont été utilisées au cours des années incluant: questionnaires auto-révèles; nominations par les pairs (sociométrie) en classe; questionnaires complétés par le père, la mère et l'enseignant, observations vidéo-filmées à domicile, entrevues téléphoniques, dossiers officiels, etc. Les instruments utilisés visent à mesurer différents contextes de socialisation (famille, groupe de pairs, relations amoureuses, loisirs organisés, école, etc.) et différents aspects du développement, allant des problèmes d'adaptation (dépression, anxiété, solitude, consommation d’alcool et de drogue, délinquance, conduites sexuelles à risque, etc.) au développement positif (engagement civique, compétence sociale, persévérance scolaire, etc.).

 

Cette étude longitudinale nous permettra de mieux comprendre les transitions qui caractérisent l'adolescence, en particulier sur le plan interpersonnel. En voici deux exemples. Le premier exemple concerne l'occupation du temps libre des adolescents et leur participation à des loisirs organisés (incluant parascolaire). Ce thème est au coeur de l'étude longitudinale et nous avons innové en concevant une série de nouveaux instruments nous permettant de mieux décrire ce contexte de socialisation et de mieux comprendre de quelle façon (i.e., les mécanismes) il peut contribuer au développement. En plus d'être novatrice sur le plan des mesures utilisées, il s'agit de la première étude qui propose un examen annuel détaillé de ce contexte de socialisation sur une si longue période de temps. Les prédicteurs, les corrélats de même que les impacts de la participation à des loisirs organisés sur le développement des jeunes ont fait l'objet d'une série de publications récentes (voir section Publications). D'autres manuscrits portant sur cette problématique sont en cours de preparation.

 

Un deuxième exemple de transition nous étudions concerne les transformations qui prennent place dans le réseau d'amis au cours de l'adolescence. Dans un article publié récemment, nous avons décrit en détail les changements observés dans les liens d'amitié entre garçons et filles sur une période de cinq ans. Dans un autre article, nous démontrons clairement que lorsque les filles développent prématurément et trop rapidement des amitiés avec plusieurs garçons, elles s'exposent à un risque élevé de développer des habitudes de consommation d'alcool et de drogue très problématiques. Enfin, au cours des prochaines années, nous souhaitons utiliser cette étude longitudinale pour répondre à d'autres questions de recherche importantes, notamment en ce qui a trait à l'évolution de la relation parent-enfant au cours de l'adolescence, au développement des relations d'amitié et des relations amoureuses, à l'émergence et au développement des conduites à risque à l'adolescence (délinquance, consommation de psychotropes, sexualité à risque, etc.) et au développement positif (engagement civique).

 

 

 

Projet Adolescence: Une étude interculturelle de l’adolescence

 

Ce projet est mené en collaboration avec le chercheur américain Thomas J. Dishion (University of Oregon) et le chercheur italien Jeff Kiesner (Università di Padova). Une subvention octroyée par le National Institute of Mental Health nous a permis de mener une étude longitudinale sur trois ans dans laquelle nous examinons une série de facteurs familiaux et liés au groupe de pairs qui pourraient contribuer à la consommation de cigarette, d’alcool et de drogue. Cette étude implique la participation de 450 élèves qui sont suivis de la 2e à la 4e année du secondaire. Elle se déroule simultanément en Oregon, à Montréal et à Padova, ce qui nous permettra de déterminer si les résultats observés s’appliquent à différents contextes culturels. L’objectif ultime de ce projet est de vérifier si le modèle théorique sur lequel s’appuie un important programme de prévention de la consommation de drogue validé aux États-Unis peut être généralisé à d’autre contexte. Le cas échéant, nous pourrons ensuite implanter ce programme ici au Québec.

Les collectes de données mettaient à partie les jeunes eux-mêmes, leurs parents et leur enseignant. Plusieurs des procédures utilisées sont très novatrices, notamment la conduite d’entrevues téléphoniques répétées à de courts intervalles de temps. Les instruments de mesure utilisés dans les trois pays étaient identiques et ont dû être traduits dans les trois langues. Nous avons consacré beaucoup d’effort afin de nous assurer de l’équivalence des trois versions des instruments. Les collectes de données sont terminées et nous procédons maintenant à l’analyse des résultats.

 

 

 

Projet Fluppy: Expérimentation d’un programme de prévention

 

Au début des années 90, le Centre de Psychoéducation du Québec (CPEQ) a entrepris la diffusion d’un programme de prévention de la violence et du décrochage scolaire. Ce programme, connu sous le nom de Fluppy, est aujourd’hui implanté dans plusieurs régions du Québec et l’on estime que plus de 200 000 élèves de maternelle y ont été exposés depuis sa création. En 2002, suite à des demandes provenant des milieux de pratique, notre équipe de chercheurs a entrepris d’en évaluer la mise en œuvre et l’efficacité. Cette équipe est co-dirigée par France Capuano du département d’éducation et formation spécialisées de l’UQAM et par François Poulin. Elle regroupe d’autres chercheurs de l’UQAM (Monique Brodeur et Jacinthe Giroux), de l’Université de Montréal (Frank Vitaro et Claude Gagnon) et de l’Université de Sherbrooke (Pierrette Verlaan). Ce projet d’évaluation se déroule dans le cadre d’un solide partenariat établi entre cette équipe de chercheurs, l’Agence de développement des services de santé et des services sociaux de Laval, le Centre de services de santé et de services sociaux de Laval, la Commission scolaire de Laval et le CPEQ.

 

Le programme Fluppy tel que diffusé par le CPEQ comporte plusieurs interventions ciblées mises en place à la maternelle: 1) des ateliers d’entraînement aux habiletés sociales en classe, 2) un soutien offert aux enseignants et 3) un suivi intensif auprès des parents à domicile. En plus d’évaluer l’impact de cette version dite «traditionnelle» du programme, notre équipe de chercheurs a entrepris de l’améliorer en lui ajoutant deux nouvelles composantes: 1) une intervention académique en mathématiques et en français et 2) une intervention visant à favoriser la formation d’amitié positive. Enfin, nous avons également décidé de bonifier le programme en le prolongeant sur deux années (i.e., maternelle et première année). Le devis de recherche que nous avons conçu en collaboration avec nos partenaires nous permettra de déterminer: a) l’efficacité des versions «traditionnelle» et «améliorée» du programme et b) si son prolongement sur deux ans le rend plus efficace. Ce devis est très rigoureux sur le plan scientifique (i.e., répartition aléatoire et groupe contrôle, prises de mesure avant et après l’intervention et suivi annuel à long terme jusqu’à l’adolescence). Ce projet d’évaluation nécessite le recours à un échantillon de très grande taille. Trois cohortes d’élèves s’étalant sur trois années consécutives ont donc été constituées; 320 élèves présentant un niveau élevé de comportements perturbateurs et 500 élèves sans difficulté ont ainsi été recrutés dans 250 classes de maternelle. Plus de 5000 élèves ont pris part aux évaluations initiales. La réalisation des interventions en maternelle et en première année est terminée. Des évaluations annuelles de suivis auprès de chacun de ces élèves ont été complétées jusqu’en cinquième année et se poursuivront pendant encore deux ans au moins. Ces évaluations annuelles sont basées sur des observations vidéofilmées en classe, de la sociométrie, des entrevues individuelles en plus des questionnaires remplis par la mère, le père et l’enseignante. Le taux de participation demeure supérieur à 80% cinq ans après le début du projet. Cette recherche a bénéficié du soutien financier des organismes provinciaux (CQRS, FQRSC, FRSQ) et fédéraux (CRSH, IRSC, CCA) et de la Fondation Lucie et André Chagnon.

 

À l’hiver 2014, nous avons obtenu une subvention du FRQSC qui nous permet d’évaluer les effets à long terme du Programme Fluppy.

Ce projet a pour objectifs:
1)   d’évaluer les impacts du PF à la fin du secondaire
2)   d’examiner les processus ayant pu mener aux effets observés.

Les 320 (70% garçons) élèves de maternelle ont été recrutés de 2002 à 2004 dans 45 écoles de la CS de Laval. En hiver 2014, les élèves de la 1e cohorte fréquenteront le 5e secondaire et seront évalués. Ceux des deux autres cohortes seront évalués à l’hiver 2015 et 2016.

Quatre domaines seront mesurés:
1)   réussite et persévérance scolaires
2)   problèmes de comportement
3)   santé mentale
4)   relations interpersonnelles.

Étant donné la grande diffusion du Projet Fluppy à travers le Québec, une évaluation de ses effets à long terme est susceptible d’avoir des retombées majeures sur son utilisation en milieu scolaire. Les évaluations sont présentement en cours.