Présentation du labo

La programmation de recherche du LEDSEA

Les travaux du LEDSEA visent à mieux comprendre les processus individuels, interpersonnels (famille, réseaux d’amis, relations amoureuses) et contextuels (école, loisirs organisés, travail) pouvant contribuer au développement de l’inadaptation (problèmes intériorisés et extériorisés, conduites à risque) et au développement positif (engagement civique, social, scolaire) de l’enfance à l’âge adulte. Ces questions sont examinées à l’aide de trois études longitudinales. 

 

Projet Transition: Une étude longitudinale sur 20 ans

 

Cette étude longitudinale a été amorcée en 2001 auprès de 390 élèves de sixième année provenant d'une douzaine d'écoles de la commission scolaire de Laval. La problématique de recherche à l'origine de ce projet portait sur l'examen des difficultés rencontrées par certains élèves lors du passage de l'école primaire à l'école secondaire (subventions FCAR et FRSQ). D'autres subventions octroyées par le CRSH et le FQRSC au cours des années suivantes, notamment sur la thématique des activités parascolaires, nous ont permis de poursuivre les évaluations annuelles jusqu'en 2019. Dix-sept évaluations annuelles ont été complétées jusqu'à maintenant et 83% de l'échantillon initial ont pris part à la plus récente alors que les participants étaient âgés de 30 ans. Différentes méthodes d'évaluation ont été utilisées au cours des années incluant: questionnaires auto-révèles; nominations par les pairs (sociométrie) en classe; questionnaires complétés par le père, la mère et l'enseignant, observations vidéo-filmées à domicile, entrevues téléphoniques, dossiers officiels, etc. Les instruments utilisés visent à mesurer différents contextes de socialisation (famille, groupe de pairs, amitiés, relations amoureuses, loisirs organisés, école, travail, etc.) et différents aspects du développement, allant des problèmes d'adaptation (dépression, anxiété, solitude, consommation d’alcool et de drogue, délinquance, conduites sexuelles à risque, etc.) au développement positif (engagement civique, compétence sociale, persévérance scolaire, etc.). Cette étude a fait l’objet de plus de 50 articles jusqu’à maintenant (voir section Publications). Les thématiques couvertes dans ces articles portent principalement sur les loisirs organisés et les sports, les relations amoureuses et la sexualité, les amitiés, les relations parents-adolescents et l’engagement civique. Plusieurs autres manuscrits et thèses sont en cours de production. 

 

Projet Adolescence: Une étude interculturelle de l’adolescence

 

Ce projet est mené en collaboration avec le chercheur américain Thomas J. Dishion (University of Oregon) et le chercheur italien Jeff Kiesner (Università di Padova). Une subvention octroyée par le National Institute of Mental Health nous a permis de mener une étude longitudinale sur trois ans dans laquelle nous examinons une série de facteurs familiaux et liés au groupe de pairs qui pourraient contribuer à la consommation de cigarette, d’alcool et de drogue. Cette étude implique la participation de 450 élèves qui sont suivis de la 2e à la 4e année du secondaire. Elle se déroule simultanément en Oregon, à Montréal et à Padova, ce qui nous permettra de déterminer si les résultats observés s’appliquent à différents contextes culturels. L’objectif ultime de ce projet est de vérifier si le modèle théorique sur lequel s’appuie un important programme de prévention de la consommation de drogue validé aux États-Unis peut être généralisé à d’autre contexte. Le cas échéant, nous pourrons ensuite implanter ce programme ici au Québec.

Les collectes de données mettaient à partie les jeunes eux-mêmes, leurs parents et leur enseignant. Plusieurs des procédures utilisées sont très novatrices, notamment la conduite d’entrevues téléphoniques répétées à de courts intervalles de temps. Les instruments de mesure utilisés dans les trois pays étaient identiques et ont dû être traduits dans les trois langues. Nous avons consacré beaucoup d’effort afin de nous assurer de l’équivalence des trois versions des instruments. Les collectes de données sont terminées et nous procédons maintenant à l’analyse des résultats.

 

Projet Fluppy: Expérimentation d’un programme de prévention

 

Au début des années 90, le Centre de Psychoéducation du Québec (CPEQ) a entrepris la diffusion d’un programme de prévention de la violence et du décrochage scolaire. Ce programme, connu sous le nom de Fluppy, est aujourd’hui implanté dans plusieurs régions du Québec et l’on estime que plus de 200 000 élèves de maternelle y ont été exposés depuis sa création. En 2002, suite à des demandes provenant des milieux de pratique, notre équipe de chercheurs a entrepris d’en évaluer la mise en œuvre et l’efficacité. Cette équipe est co-dirigée par France Capuano du département d’éducation et formation spécialisées de l’UQAM et par François Poulin. Elle regroupe d’autres chercheurs de l’UQAM (Monique Brodeur et Jacinthe Giroux), de l’Université de Montréal (Frank Vitaro et Claude Gagnon) et de l’Université de Sherbrooke (Pierrette Verlaan). Ce projet d’évaluation se déroule dans le cadre d’un solide partenariat établi entre cette équipe de chercheurs, l’Agence de développement des services de santé et des services sociaux de Laval, le Centre de services de santé et de services sociaux de Laval, la Commission scolaire de Laval et le CPEQ.

 

Le programme Fluppy comporte plusieurs composantes mises en place à la maternelle: 1) des ateliers d’entraînement aux habiletés sociales en classe, 2) un soutien offert aux enseignants et 3) un suivi intensif auprès des parents à domicile. En plus d’évaluer l’impact de cette version dite «traditionnelle» du programme, notre équipe a entrepris de l’améliorer en lui ajoutant deux nouvelles composantes: 1) une intervention académique en mathématiques et en français et 2) une intervention visant à favoriser la formation d’amitié positive. Enfin, nous avons également décidé de bonifier le programme en le prolongeant sur deux années (i.e., maternelle et première année). Le devis de recherche que nous avons conçu en collaboration avec nos partenaires nous permettra de déterminer: a) l’efficacité des versions «traditionnelle» et «améliorée» du programme et b) si son prolongement sur deux ans le rend plus efficace. Ce devis est très rigoureux sur le plan scientifique (i.e., répartition aléatoire et groupe contrôle, prises de mesure avant et après l’intervention et suivi annuel à long terme jusqu’à l’adolescence). Ce projet d’évaluation nécessite le recours à un échantillon de très grande taille. Trois cohortes d’élèves s’étalant sur trois années consécutives ont donc été constituées; 320 élèves présentant un niveau élevé de comportements perturbateurs et 500 élèves sans difficulté ont ainsi été recrutés dans 250 classes de maternelle. Plus de 5000 élèves ont pris part aux évaluations initiales. La réalisation des interventions en maternelle et en première année est terminée. Des évaluations annuelles de suivis auprès de chacun de ces élèves ont été complétées jusqu’en cinquième année. Ces évaluations annuelles sont basées sur des observations vidéofilmées en classe, de la sociométrie, des entrevues individuelles en plus des questionnaires remplis par la mère, le père et l’enseignante. Des évaluations de suivis à long terme à 17 et 19 ans ont été complétés récemment. Le taux de participation aux collectes de données demeure supérieur à 80% douze ans après le début du projet. Cette recherche a bénéficié du soutien financier des organismes provinciaux (CQRS, FQRSC, FRSQ) et fédéraux (CRSH, IRSC, CCA) et de la Fondation Lucie et André Chagnon. Outre l’évaluation d’impact du Programme Fluppy, cette étude longitudinale nous permet maintenant de répondre à plusieurs questions importantes sur le développement social et affectif de l’enfance à la fin de l’adolescence.